Réalisation d’un Gremlin 1:1 par Sacha Feiner

Interview : Sacha Feiner

Vous l’avez sans doute reconnu! L’artiste responsable de cette interview n’est autre que Sacha Feiner, qui nous avait déjà fait l’honneur de sa participation il y a quelques temps… Il revient en force, avec un Gremlin tiré du premier volet du diptyque. Une oeuvre fabuleuse, fruit d’un long travail et d’une collaboration pas comme les autres…

SC: Je ne vais pas revenir sur l’effet qu’a eu Gremlins sur toi, car je crois que nous avons tous compris qu’il s’agissait d’une œuvre réellement séminale pour ta passion. Je voulais aujourd’hui me pencher sur ta dernière réalisation, à savoir un Gremlin grandeur nature tiré du premier opus du diptyque. D’où t’est venu cette idée de te lancer dans un tel projet ?

SF : Ça a d’abord été purement ludique: une envie issue de ma frustration enfantine de ne pas posséder de gremlin ressemblant vraiment aux originaux, et surtout, taille réelle. Aussi étonnant que ce soit, aucune reproduction, licenciée ou non, n’était jamais parvenue en vingt-sept ans à atteindre une ressemblance qui satisfaisait les fans « hardcore », et, s’il y en avait bien quelques-unes au-dessus du lot, elles étaient loin d’atteindre la taille réelle. Ça a donc été avant tout une simple envie de voir exaucé mon rêve de pouvoir, hum, « jouer » avec une reproduction fidèle de gremlin – et de contempler à loisir « en vrai » ce design que j’adore.

SC : Je pense que pour arriver au résultat que l’on connaît, il t’a fallu énormément te documenter. Tu détenais tout ce dont tu avais besoin dans ta collection personnelle ou as-tu été contraint de barouder un peu partout, histoire de compléter ta base de données ?

SF: Il est assez difficile d’identifier tous les détails des créatures dans le film, et aucune photo promotionnelle d’époque ne les montrait en entier (les jambes y étant toujours rognées, masquées par de la fumée)… mais j’ai pu, au fil des années, réunir suffisamment de références, surtout grâce à des photos personnelles de collectionneurs de ma connaissance, propriétaires des rares exemplaires encore existants des marionnettes de Gremlins originales (Bob Burns notamment, actuellement le plus gros collectionneur de matériel de production original de « monstres » de l’âge d’or hollywoodien, mais aussi d’énormément de marionnettes et accessoires originaux de classiques horrifiques des années 70-80; il a un véritable musée). Mais les photos décisives furent celles d’un des très rares moulages « en dur » de la sculpture originale, sous tous les angles et à côté d’une règle.

SC : Parle-nous plus précisément de la conception, maintenant. Quelles ont été les étapes de la réalisation de ce Gremlin ? Je crois savoir que tu as utilisé des techniques de scan 3D ?

SF: Etant donné le peu de temps dont je disposais (j’ai, cette année, été pris à temps plein par la préparation et la réalisation de mon premier court-métrage de science-fiction officiellement financé – j’en termine actuellement les effets spéciaux), je n’avais pas le temps de m’atteler à une sculpture traditionnelle. J’ai donc effectivement opté, pour la majeure partie du travail, pour une solution certes chère, mais rapide et précise: la sculpture et l’impression 3D.
Pour commencer, j’ai fait scanner la meilleure reproduction d’un Gremlin disponible (il s’agit d’une maquette japonaise d’une quinzaine de centimètres, très difficile à trouver: je n’en ai vu que deux exemplaires en dix ans de recherches). Cette sculpture était pleine de défauts de ressemblance, mais il valait mieux utiliser cette base plutôt que de partir de zéro, encore une fois pour une question de temps et de coût: n’ayant jamais utilisé moi-même de programme de sculpture 3D, j’ai confié le travail à un infographiste français rôdé à ces techniques. En quelques séances Skype et avec les multiples références à l’appui, je lui ai donné au fur et à mesure les indications nécessaires pour atteindre la ressemblance la plus parfaite possible sur le graphique 3D. Ce fut assez difficile, pour le visage surtout, qui est mine de rien rempli de détails très subtils qui font toute la différence.
J’ai ensuite envoyé le fichier 3D à une entreprise anglaise spécialisée, qui l’a donc réalisé grandeur nature d’après le calibrage dont je disposais.

SC: As-tu la moindre idée du temps que cela t’a pris, depuis les premières ébauches au résultat final ?

SF: Pas vraiment, étant donné que je bossais sur mon film durant la même période; mais le travail sur les pièces de l’impression 3D a bien duré trois semaines avant de pouvoir procéder au premier tirage. J’ai dû resculpter pas mal de détails (en effet, avoir l’objet en face de soi en implique une perception vraiment différente qu’en aperçu infographique), et, surtout, graver une à une les milliers d’écailles qui recouvrent tout le corps et qui avaient été estompées lors du processus. Ensuite, le procédé de moulage est classique: moule en silicone avec chape en fibre de verre.

SC: Est-ce toi qui t’occupes de la peinture ? Si oui, quelles techniques utilises-tu ? Pinceaux, aéro ?

SF: Oui, l’aérographe est indispensable; pour la facilité technique, mais aussi par souci de respecter le rendu des originaux de l’époque, aréographiés.

SC: Tu m’as confié que les yeux du Gremlin ont été conçus par un taxidermiste ?

SF: Encore une fois, pour une ressemblance optimale, j’ai opté pour des yeux de verre comme ceux du film. Les Gremlins du 2, dont j’avais fait des répliques auparavant pour mon fan film, se contentaient d’yeux peints (comme dans leur film respectif également), mais il fallait ici la transparence des yeux en verre, customisés sur mesure par un des meilleurs fabricants d’yeux de taxidermie aux Etats Unis.

SC: Quelle est en réalité l’armature qui se trouve à l’intérieur de la réplique ? Elle permet quelques mouvements basiques, une aubaine pour les collectionneurs désireux de donner à leur Gremlin la pose qu’ils désirent…

SF: Il s’agit simplement d’une armature en fil de fer de clôture, légère mais assez forte pour maintenir la mousse en position.

SC: Quelle est la matière que tu as utilisée pour la conception de la créature ? Tient-elle au temps, car c’est la question que beaucoup de collectionneurs se posent lorsqu’il ne s’agit pas de résine ?

SF: Oui, contrairement à la mousse de latex, la mousse polyuréthane souple tient le coup indéfiniment à travers les années; pas de souci d’humidité ni de lumière. Il s’agit des mêmes bases chimiques que pour la résine; la différence est la souplesse et la structure cellulaire.

SC: En fait, toi qui connais le design par cœur, tous les Gremlins du premier film sont-ils identiques ? Stripe est-il donc similaire aux autres, si ce n’est la crête qu’il porte sur la tête ?

SF: Ils sont effectivement tous identiques à part Stripe. Toutefois, on peut avoir dans le film l’impression de faciès différents à cause des différentes expressions des marionnettes; sur le plateau, leurs visages étaient interchangeables, et, étant donné le panel d’expressions, il est rare de voir la même à l’écran pendant longtemps.
Celle que j’ai choisie est le « rictus de base », celui de la première sculpture originale (réalisée à l’époque par Tony McVey pour Chris Walas et visible sur quelques rares photos de making of).

SC: As-tu des projets similaires pour l’avenir ?

SF: Similaires, je ne dirais pas, étant donné que c’était pour moi la seule réplique qui valait la peine d’un travail de ce genre (à partir de rien, donc). Mais étant en possession de beaucoup de moulages de sculptures originales du deuxième film encore inexploitées en tant que repros, j’aimerais toutefois prendre le temps dans l’année qui vient de remouler quelques-unes d’entre-elles… Le plus « encombrant » des projets en question: le gremlin araignée grandeur nature, dont j’ai déjà plus ou moins la moitié des pièces originales…!

SF: As-tu un rêve, un Gremlin que tu aimerais avoir dans ta collection et qui n’existe pas encore ou que tu n’as pas encore eu le temps de créer ?

SF: Disons que le gremlin du premier film était une exception en ce qui concerne mon envie d’en créer une réplique: ce que je recherche, c’est avant tout des moulages des sculptures originales des films.
J’ai par contre, depuis toujours, eu mon « Graal introuvable » comme point de mire, quelque chose que je ne pensais JAMAIS possible à trouver. Quatre exemplaires en sont connus: il s’agit du moulage « en dur » (et donc en bon état) de la sculpture originale du premier film – j’en parlais plus haut. Un objet si convoité et introuvable que j’ai décidé d’en créer ma réplique – substitut qui fait l’objet de cet article! Jusqu’à il  a un mois… Joe Dante lui-même a mis aux enchères via une salle de vente américaine spécialisée dans les accessoires de films, son exemplaire personnel du gremlin en question. Je tairai par décence la somme que j’ai dû payer… mais je l’ai gagné. Il est en ce moment en route vers chez moi…
L’impression a été bizarre; il s’agissait de mon ultime « but matériel » dans la vie, et je venais d’y « remédier » par ma réplique… mais finalement, cette réplique me permet de ne pas avoir à tenter de remouler l’original, et ce but matériel atteint m’ouvre une existence nouvelle, spirituelle! Hum… :)

 

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Propos recueillis par Sarlacc

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