Cyril Roquelaine

 
Interview : Cyril Roquelaine

Cyril Roquelaine est un sculpteur français qui s’adonne à des univers fort variés. Il garde toutefois une tendance vers l’imaginaire en général… Au travers de cette interview, le staff de SC aimerait vous faire découvrir cet artiste talentueux et tout en simplicité. Nous ne manquerons pas de vous reparler de lui! ^^

SC: Tout d’abord, une petite présentation générale : date de naissance, domicile, job. (Plus si tu veux parler de ta famille…etc.)

CR: J’ai la chance d’avoir une maison de famille dans le sud ouest a Toulouse. Après des études en biochimie moléculaire assez poussées, et ne trouvant aucun débouché dans ma branche, je suis parti vers un domaine plus manuel, la sculpture, et plus particulièrement le modelage, une passion que j’ai pu transformer en travail. Et maintenant j’essaie de faire passer le virus a mes deux fistons grands fans déjà à 3 et 6 ans de Star Wars et du Seigneurs des Anneaux! Ça promet !  ;)

SC: Pourquoi avoir choisi la sculpture comme moyen d’expression. Pourquoi ça et pas, par exemple, le dessin ?

CR: J’ai bien sûr commencé par le dessin, plus facile d’accès, en noir et blanc. Mais il fallait être dans un certain état d’esprit pour pouvoir m’exprimer pleinement, ce qui n’était pas trop en adéquation avec la vie de famille. Étant donné aussi que je collectionnais des figurines de jeux, un jour, comme beaucoup d’entre nous, m’a pris l’envie de m’amuser avec la pâte à modeler afin de convertir des figurines, de pouvoir me les approprier au maximum, et en faire ma propre vision. De la à découlé assez vite le modelage proprement dit, et de plus je trouvais plus aisé le modelage que le dessin pour faire passer mes idées.

SC: As-tu suivi une formation quelconque pour arriver à ton stade ?

CR: Comme la plupart des gens de ce milieu, je suis un autodidacte. Après avoir essayer une tête en pate a modeler, qui était comme souvent très moyenne pour une première, elle était néanmoins assez réussie a mes yeux pour me motiver de continuer dans cette voie, et alors de progresser à chaque nouveau modèle. C’est ca qui est bien avec ce job c’est qu’on est toujours en apprentissage. Grâce au début d’ internet et surtout à certains grands sculpteurs américains qui n’ont pas hésite à me donner quelques tuyaux sur des techniques de base et à me faire découvrir des matériaux comme le super sculpey, j’ai pu petit à petit acquérir des notions de modelage. Désormais on a accès plus facilement à de nombreux forums, de nombreux tutoriaux, vidéos, magasines pour pouvoir apprendre seul. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’y a que le travail qui vous fera progresser, comme tout bien sur. De ma propre expérience et de mes attentes que j’avais eues à l’époque j’essaye maintenant d’aider ce qui veulent connaitre les bases, et je propose du coup des vidéos gratuites de démonstration sur mon site, et j’essaye de monter des stages de sculpture. Ca ne sert a rien de garder «  des secrets de fabrication » ou de techniques, cet état d’esprit ne sert pas a faire progresser les choses en les gardant égoïstement, l’art est un échange, qui est source d’inspiration, d’émulation qui te servira a progresser, et non pas source de compétition, enfin c’est que mon avis, il y a quand même pas mal d’ego dans la profession….

SC: As-tu une pièce dont tu es le plus fier, une création qui représente le plus ta passion ?

CR: Je n’ai pas de pièce particulièrement dont je sois fier, ce n’est pas dans ma nature non plus. Je ne suis pas un sculpteur à la « technique » pure, qui repousse sans cesse les difficultés pour en faire « une performance »,  je vais m’éclater plus sur une créature avec une certaine dynamique, un charisme qui transpire, une pièce qui raconte une histoire. Elle va me faire vibrer pendant toute l’étape du processus de modelage, me faire souffrir pendant les finitions et le moulage. Mais une fois finie comme souvent, elle ne m’apporte plus grand chose, juste le plaisir des yeux. Je n’ai pas chez moi par exemple tout un show room avec mes propres pièces, et je préfère m’extasier sur des pièces d’autres artistes que les miennes.

SC: Quels sont tes domaines de prédilection dans la sculpture ? Quel type de sujet préfères-tu ?

CR: Ce que j’aime le plus travailler : les créatures, heroic fantasy ou fantastique, le mouvement, le dynamisme même dans une pose au repos, un déhanché, les cheveux dans le vent, des clichées certainement mais qui marchent très bien je trouve, comme dans certains plans de cinéma. L’organique me plait beaucoup, les visages avec leur expression comme dans le théâtre chinois. Le pire pour moi serait de devoir sculpter une pièce lisse, symétrique avec des arrêtes vives, où tu lisses et ponces pendant des journées entières, très technique, en fait le pire serait de sculpter un Transformer par exemple!!!

SC: Des sculpteurs en particulier t’ont-ils inspiré ?

CR: Beaucoup!! que se soient des classiques comme Mickaël Ange, Bernini, Rodin, Sandoz et bien d’autres, que des sculpteurs contemporains de figurines ou d’effets spéciaux comme les Shifflets Brothers, Latorre, Jordu Shell, Greg Polutanovich, Miles Teves, Steve Wang, Kazuhiro Tsuji, Simon Lee … pour ne citer qu’eux, car il y en aurait des dizaines !!!

SC: Y a-t-il un projet qui te tient à cœur, pour un futur travail ? As-tu un rêve à atteindre un personnage qui hante ton esprit et qui ne demande qu’à trouver sa substance dans de la résine ?

CR: Les projets qui me tiennent le plus à cœur, sont des projets en équipe! le travail avec un illustrateur sur une créature ou un personnage, l’échange, essayer de donner vie à son personnage 2D, lui rendre hommage, que l’on puisse reconnaitre sa création  tout en supportant la mienne, ne pas faire juste du copier coller comme dans la plupart des objets dérivés para BD par exemple, que d’autres font très bien en l’occurrence, mais une totale collaboration entre les deux auteurs, et en même temps de proposer autre chose.

SC: En quelques lignes, décris-nous les étapes qui t’amènent à un tirage destiné à la collection.

CR: Au départ il y a une idée ou un simple dessin croquis. Puis des recherches sur la position, de la documentation anatomique ou autre. Après avoir trouver l’échelle et la position, je pars sur une armature rudimentaire mais qui devra être solide et résistante afin qu’elle puisse recevoir la pate  à modeler même à grande quantité sans que la sculpture s’affaisse. A ce stade je peux utiliser du métal, de l’alu, de la résine époxy de la mousse polyuréthane qui servira de noyau et de « squelette » à la sculpture.
Puis il y a une recherche des formes, des volume généraux, ce qui dès ce stade m’indiquera si la sculpture marchera, ou pas! C’est une étape rapide, très intensive, très jeté, mais primordiale!
Après j’affine le tout, je fais une recherche plus poussée de l’anatomie du sujet, un vrai travail de modelage et de sculpture.
Puis passage par un moule silicone et tirage en résine.

SC: Où puises-tu ton inspiration ? Le cinéma, la BD, la littérature ?

CR: Essentiellement d’illustrations, de plans de film, dans la nature, tout peut être source d’inspiration, des cornes d’une espèce africaine d’antilope particulière peuvent être l’idée de départ des cornes sous maxillaires d’une sculpture d’un démon par exemple. Il faut se laisser guider par ses envies, ses instincts, être a l’affut, et pas hésiter de détourner des concepts, des images afin de se les approprier et en faire quelque chose de personnel et d’original. J’invente rien, je ne suis pas un créateur, je détourne, j’essaye d’embellir …

SC: Sans doute le sais-tu, mais SwissCollectors met sur pieds des projets, depuis quelques temps, destinés à nos membres. Serais-tu disposé à participer à l’élaboration de l’un de ces projets ?

CR: Oui, j’ai déjà vu les premiers projets que vous avez pu aboutir, et spécialement avec l’artiste sculpteur talentueux Max, des projets qui m’ont sidéré et époustouflé! Faire parti de vos projets serait un immense honneur, pousse le challenge dans ses retranchements pour sortir une pièce d’exception pour collectionneurs avertis. Et surtout sortir une pièce qu’on ne trouverai pas facilement dans le commerce.

SC: Préfères-tu utiliser ton imagination pour sculpter ou le fait de travailler à partir d’un design connu, tiré par exemple d’un film ?

CR: Les deux me plaisent!  Quand on part d’un design connu, il y a aussi un gros travail de recherche par rapport au concept du film, et aussi pour voir ce qui a été fait avec et essayer de faire mieux ou de proposer une autre alternative, ce qui est motivant. Et par expérience, beaucoup trouveront bien  mieux une énième sculpture d’un  predator ou d’un alien plutôt qu’une créature originale sortie tout droit de ton imagination. Si la créature quelle soit bien réalisée ou originale, n’est pas tirée d’un concept connu, ou dérivée d’un quelconque support, elle ne parlera pas aux collectionneurs, ce qui est souvent dommage et frustrant par moment.

SC: Un film culte ?

CR: Un film culte avec creature inside, pour moi The Thing de Carpenter avec l’immense Rob Bottin aux commandes des FX, sans hésiter

SC: Un livre culte ?

CR: La légende des siècles de Victor Hugo

SC: Un jeu culte ?

CR: Le baseball

SC: Collectionnes-tu des produits dérivés d’autres fabricants ? As-tu des pièces que tu affectionnes tout particulièrement ?

CR: Non je ne collectionne pas trop les produits dérives, non pas que je n’aime pas, mais il y en aurait trop et n’étant pas millionnaire, ça risque d’être frustrant de se freiner dans les achats… par contre je me fais plaisir certaines fois avec des œuvres originales d’illustrateurs ou des bronzes de certains artistes par des achats ou des échanges. Par contre je suis de très près tout ce qui sort, et discute souvent avec ces  nombreux sculpteurs talentueux professionnels qui travaillent pour des grands éditeurs comme ou autres. On apprend beaucoup par leur travail.

SC: Merci Cyril, et vivement un projet ensemble!