Les spéculateurs

Dossier SwissCollectors

La spéculation. Un terme utilisé à toutes les sauces. Un terme maintenant galvaudé et mal assimilé semble-t-il.

Ce petit dossier est consacré à la compréhension de ce terme et à sa répercussion sur les collectionneurs et le marché des proders. Il est clair que ce n’est que ma vision des choses qui est expliquée ici, mais j’ai pris garde de rester objectif au maximum.

Tout d’abord, en quelques mots, qu’est-ce qu’un spéculateur ? Il s’agit simplement d’une personne qui achète un ou plusieurs exemplaires d’un objet limité en vue de les revendre. Il faut déjà souligner je pense un point important. Quelqu’un spécule sur un objet du moment où il a l’intention de revendre plus cher au moment de l’achat. En gros, on est spéculateur dès le début, au moment où la statue sort… Ce côté « future vente » est à mon sens très important.

Une personne revendant une statue à la valeur actuelle, c’est-à-dire ce qu’on appelle communément la cote, est-elle forcément un spéculateur ? Ma réponse est non. Et les explications vont suivre.

J’aborde ici un autre problème, qui est celui de la valeur que prend une pièce limitée. Ne nous leurrons pas, beaucoup d’entre nous sont friands de pièces limitées.

L
e tirage d’une statue est par-exemple très important, puisqu’il constitue l’une des raisons pour lesquelles le prix de la pièce est relativement élevé. Une statue tirée à 20’000 exemplaires vendue 300 Euros serait purement et simplement du vol. Les pièces magnifiques se doivent d’être limitées pour que le collectionneur y attache de l’importance. Car à ce moment, cette pièce rare se transforme alors en trésor, un trésor qu’on est fier de posséder. Bien entendu, le revers de la médaille est que les collectionneurs ne pourront pas tous se l’offrir.

P
our résumer, l’offre est moins grande que la demande. Comme dans toute économie, ces relations déséquilibrées engendrent alors une hausse de prix tout à fait normale et la résultante de ces forces est ce qu’on appelle communément la cote.

Soit dit en passant, une cote en pente ascendante est tout à fait normale, et je ne m’avance pas trop pour affirmer que cela plaît à beaucoup de collectionneurs de savoir que leurs pièces ont une valeur marchande non négligeable. Pas pour la revente nécessairement, mais pour la fierté que cela apporte, selon moi. le problème n’est donc pas la montée de la cote à proprement parlé, mais plutôt la façon dont cette dernière monte. Imaginons un seul instant un monde de collectionneurs passionnés qui ne spéculent pas. Qu’aurions-nous alors ? Je pense que nous assisterions à une ascension de la cote, avec peut-être une période plus longue avant que celle-ci ne daigne monter. Le résultat serait donc le même que dans notre monde à nous, où des centaines de spéculateurs achètent pour revendre. La différence tiendrait sur la période durant laquelle les prix resteraient accessibles…

Les prix grimpant, beaucoup de collectionneurs revendent alors leur statue pour en retirer du bénéfice. Ces gens sont-ils des spéculateurs ? Non, puisqu’ils n’ont pas acheté dans le but de revendre. Là est toute la subtilité selon moi. Sinon, une personne devrait-elle impérativement garder toutes ses statues pour éviter de finir sous la bannière de spéculateurs ? Restons logique. Ces gens sont alors simplement attirés par les gains qu’ils vont en retirer… Je pense vraiment que ces gens sont tout à fait honorables, ou en tout cas lavés de tout soupçon, puisqu’ils n’ont pas acheté pour revendre, mais se sont vu attirés par l’appât du gain en voyant la cote monter. Après la passion sous-jacente est peut-être un peu critiquable, je dis bien peut-être, mais ça c’est un autre problème.

Des personnes sont très changeantes concernant leur collection, et leurs goûts varient avec le temps. D’autres ont besoin de place. D’autres encore ont besoin d’argent pour financer quelque chose. Là aussi, une revente s’impose. Le prix doit être celui qu’ils ont payé à la base ou le prix de la cote actuelle ? Le débat est lancé. Pour ma part, il me semble normal de revendre au prix de la cote. Certaines personnes pensent qu’il est inadmissible de revendre plus cher que le prix pratiqué au départ. Je pense sincèrement que nous ne collectionnons pas des slips de bain, mais des authentiques œuvres d’art, qui se doivent d’être traitées en tant que tel. La cote est le PRIX d’un objet sur le marché…

É
tonnamment, des gens se plaignent des cotes, mais en contrepartie veulent des éditions toujours plus limitées. Restons logiques encore une fois. Nous collectionnons des œuvres limitées, il est donc par conséquent normal que la cote monte et donc que la valeur de l’objet monte aussi. Et encore une fois, c’est ce qui constitue une partie du charme autour de ces statues ou autres répliques.

Maintenant encore un autre problème pour expliquer qu’il est difficile de parler de spéculation.

I
l arrive que certains collectionneurs prennent plusieurs exemplaires d’une même statue non pas pour la revente, mais pour l’échange ! Car une pièce dont la cote est inaccessible pourrait être obtenue en misant sur la montée de cote d’une autre statue que le collectionneur peut obtenir sans problème. Pouvons-nous vraiment parler de spéculateur ? Ce collectionneur a juste l’intention de trouver son Graal. On pourrait plutôt qualifier cette pratique d’échange de bons procédés.

Nous avons donc ici tenté de passer en revue des catégories de comportements chez les collectionneurs. La collection des pièces rares étant devenue un vrai marché, il est dès lors impossible de se sortir du carcan financier : combien ça vaut ? Combien tu es prêt à mettre ? Combien je peux en tirer… La facette financières des objets limités est dorénavant purement et simplement intrinsèque à ce domaine de collection.

B
ien qu’on le veuille, il est impossible d’enlever les questions d’argents de ces fabuleux objets. Il faut donc faire avec. Pour ma part, je ne pense pas que l’aspect financier ou de valeur commerciale (ou cote) soit véritablement un handicap. Tant que la passion gère les achats et les ventes, je pense qu’il serait inadmissible de porter un jugement négatif sur les transactions régies par la passion des proders. Mon but n’est pas de donner des leçons après tout. On a également vu qu’il est très difficile de classer les gens sous la dénomination de spéculateur.

Je voudrais finir par donner la définition de ce qu’est un vrai spéculateur, selon moi :

Un spéculateur est une personne qui achète des statues en vue de la revente. En vue d’y trouver un gain financier à la fin. En gros, un spéculateur prive les vrais collectionneurs de leurs pièces limitées et se fait de l’argent, qu’il n’injectera pas forcément dans sa propre passion de la collection, mais aussi dans son « budget mensuel ». En d’autres termes, pour un vrai spéculateur, le monde des pièces limitées devient purement et simplement un moyen de gagner de l’argent, comparable à un salaire. Cette personne là est un spéculateur. C’est vraiment cet esprit de revente au moment de l’achat qui me chagrine beaucoup…

Toutes les autres personnes qui font de la revente, si elles ne rentrent pas dans cette description, ne sont pour moi en aucun cas des spéculateurs. Cessons une fois de classer les gens à la va vite en oubliant le plus important : un jugement hâtif est très facile… Apprendre à connaître et à comprendre demande un peu plus de temps, mais ce n’est qu’à ce moment qu’un VRAI jugement peut être à mon sens formulé dans toute sa logique.

A bas les spéculateurs, mais à bas les VRAIS spéculateurs. Et à bas les jugements hâtifs !

– Sarlacc

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