Le Fan Made

 Dossier SwissCollectors

Depuis quelques temps, nous assistons à l’émergence d’un attrait de plus en plus marqué pour le fan-made, pour les œuvres exécutées par des sculpteurs et des peintres qui ne travaillent pas dans les grandes sociétés affiliées à notre passion (, , , Bowen et consorts…) et qui souvent s’affranchissent des licences officielles. Pour cette raison, le fan made reste quelque chose de discret, avec un côté « underground » qui plaira à beaucoup de monde.

Le fan made est un terme vaste, utilisé à toute les sauce, ce qui le rend difficile à définir. Il peut d’agir d’un kit à peindre. D’un buste peint et travaillé par plusieurs artistes différents (vrais cheveux, yeux en verre, vrais habits…). D’une statue de fabricant renommé repeinte par un artiste…

Le but de cette petite dissertation est de définir, peut-être de façon subjective, quelles sont les raisons qui poussent le collectionneur à se tourner vers cette « pratique » dans le fait de collectionner.

Il y a trois ans seulement, le fan-made se faisait rare dans les collections, saturées qu’elles étaient de proders licenciés de façon officielle par les grands fabricants. Ces derniers avaient – et ont toujours – pignon sur rue, et produisaient déjà des quantités astronomiques de bustes, statues, dioramas et autres poupées issus de nos univers préférés. A l’arrivée, beaucoup de collections se ressemblaient, et les commentaires concernant cette remarque se multipliaient sur les forums… Bien entendu, le choix des pièces reste le droit le plus légitime de tout collectionneur, mais force était de constater que les différentes collections commençaient parfois à manquer « d’âme ». Il restait heureusement la façon d’exposer, propre à chacun, qui permettait d’insuffler un peu de personnalité sur nos étagères…

Nous tenons là peut-être l’une des raisons qui ont poussé certains d’entre nous dans le domaine du fan-made : désirer s’extraire d’un « moule » ou d’une sorte de stéréotype. Posséder une statue rare, confectionnée par un artiste renommé ou non, permet d’ajouter de l’originalité dans notre collection.

La deuxième raison qui me vient à l’esprit, et qui me semble moins sujette à la polémique, n’est autre qu’un ras-le-bol bien répandu chez les collectionneurs. Les sociétés produisent en masse, avec des licences surexploitées, essorées jusqu’à la dernière goutte… Star Wars, Marvel, Lord of the Rings (dans une moindre mesure), Alien, Predator, Terminator… Beaucoup de ces univers, même s’ils sont porteurs et encore dignes d’intérêt, commencent à engendrer une certaine forme de lassitude. Les licences secondaires, intimistes, se font rares et c’est dommageable, surtout pour les gens qui recherchent à donner de la diversité à leur collection. Car les films, séries ou même BD cultes sont légions. Les laissés pour compte mériteraient peut-être une chance d’être eux aussi coulés dans la résine ou le silicone… Grâce aux différents projets organisés par les communautés de collectionneurs, on peut désormais réaliser ses rêves, combler les lacunes d’une collection. Cela peut aussi être le cas d’un personnage qui a déjà subi un traitement dans une compagnie mais dont le résultat n’est pas satisfaisant à 100%. Je pense bien évidemment au Hellboy de SwissCollectors…

Des films magnifiques présentent des galeries de monstres impressionnants, comme Gremlins, la Mouche, The Thing, le Labyrinthe de Pan, Ghostbusters… Etrangement, ces univers n’ont pas vraiment intéressé les principales compagnies de produits dérivés, à quelques exceptions près… Un comble pour des films adulés par des millions de fans, Par conséquent, il s’agit d’un terreau fertile pour tous ceux qui s’adonnent à la création de fan made. Un public existe réellement. Un public demandeur, qui n’hésitera pas à sortir son porte-monnaie pour rendre un rêve accessible.

La raison évoquée ci-dessus est à mon sens l’une des meilleures qui soient. Depuis que je me suis tourné vers le fan made, j’ai pallié au manque de mes univers fétiches !

Une troisième raison semble tout aussi évidente. Depuis quelques temps, les critiques concernant la qualité de finition des proders pullulent sur le net : défauts de peinture, yeux asymétriques, casse, différence énorme entre le prototype et l’objet de production… Admettons-le, ce sont autant de symptômes qui nous rappelle que ces statues et bustes subissent la dure loi de la production en masse, avec tout ce que cela implique. Fabriquer 3000 statues requiert une vigilance qu’il est pratiquement impossible à assurer sur toute la chaîne de production. Les « ratés » existent, et il semblerait que leur nombre soit en croissance par rapport à quelques années en arrière. Un tel constat est peut-être imputable en premier lieu à la multiplication des productions (pour exemple, cela part dans tous les sens chez , avec des dizaines de licences et des sorties qui se succèdent à un rythme effréné). D’autres explications sont possibles : La main d’œuvre aurait-elle changé ? La masse de travail des usines aurait-elle été multipliée subitement ? Les contrôles de qualité seraient-ils bâclés ?

Difficile de répondre à cette interrogation.

Toujours est-il que la qualité d’un fan made surpasse, et parfois de loin, celle des productions en masse. On évite les défauts de peinture, les malformations de certaines parties en résine… Le soin apporté à la finition d’un fan made n’est en rien comparable à celui d’une statue usinée. Je ne parle pas du sculpt, puisque la plupart du temps il n’y a rien à redire là-dessus. Je parle surtout du paint job, des petits détails… Un peintre qui passe une vingtaine d’heures voire plus sur un buste hisse la qualité à un niveau inconcevable pour un artisan des usines asiatiques.

N’est-ce pas là une raison suffisante de passer aux fan made ? La qualité générale de l’objet ne justifie-t-elle pas une certaine inflation du prix ?

Car c’est peut-être ici que le bât blesse, malheureusement. Débourser de telles sommes n’est pas à la portée de tout le monde, du moins pour une grande quantité de pièces. Le fan made a donc une caractéristique quelque peu élitiste de par son prix (mais aussi sa limitation), ce qui le rend aux yeux de beaucoup inaccessible. C’est fâcheux, bien entendu, raison pour laquelle de telles proders restent souvent rares dans les collections qualifiées de « fournies » : ce sont les pièces de choix, celles qui ressortent du lot.

Je mets l’accent sur les différences de prix, mais on constate pourtant que ces différences ont parfois tendance à s’éroder – pour des pièces sensiblement identiques en terme de taille, complexité, matière… N’oublions pas que les fabricants paient une licence qui se retrouve immanquablement dans le coût définitif du produit, ce qui n’est pas le cas du fan made…

Il y a deux ans, SwissCollectors s’est efforcé de donner un nouvel élan à sa communauté. Ainsi, nous avons mis sur pieds le projet du buste Hellboy (Alpha Project 3). 15 collectionneurs ont eu la chance d’obtenir une œuvre incroyable signée Maxime Roudaut. Vu le succès rencontré, la team de SwissCollectors s’est lancée dans l’organisation de plusieurs nouveaux projets : un buste de Eric Draven (The Crow), un buste du chef extraterrestre de Bad Taste, une statue de Norris tirée de The Thing (Carpenter)… D’autres idées fourmillent au sein du staff, avec de nouveaux univers, de nouveaux artistes… C’est une façon conviviale d’entrer dans le monde du fan made en participant aux étapes de sa conception, dès ses prémices. Dès lors, on ajoute une nouvelle dimension à ce genre de proders : on y met son grain de sel, ses envies, ses attentes… Un peu de soi-même dirons-nous. Je crois sincèrement que cette manière de faire rend l’objet plus important aux yeux du collectionneur, qui ne devient plus seulement simple consommateur mais également « artisan » du projet, toutes proportions gardées bien entendu. Pour cette raison, SwissCollectors persistera sur sa lancée en proposant toujours plus d’idées novatrices dans ce domaine.

Le fan-made a un bel avenir, tout tracé. Une idée serait peut-être que les grands pontes du produit dérivés adopte comportement destiné à se rapprocher de ce concept, avec quelques produit : par exemple une statue exécutée par des peintres reconnus, qui aurait un souci exemplaire du détail, avec un suivi de la part des collectionneurs qui pourraient donner leur accord dès la phase de sculpture pour telle ou telle pose, telle ou telle expression du visage… Je rêve sans doute, mais sait-on jamais. La meilleure façon de s’imposer est de s’adapter, surtout en cette période de mutation, de ras-le-bol, d’envie de nouveauté et de fraîcheur.

Dire que les grands fabricants ont du souci à se faire serait une gageure. Il faut plutôt voir dans la multiplication du fan made un indicateur sur l’état d’esprit du collectionneur, à l’heure actuelle.

Les prochaines années verront produits usinés et fan made avancer de pair. Et c’est tant mieux. Nos collections n’en seront que plus belles et plus personnelles !

– Sarlacc

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