Philippe Desbordes (Philigore)


Interview : Philigore

Ceux qui participent à nos forums le connaissent déjà pour son implication dans un projet SwissCollectors ou bien rencontrer à Mâcon. Cette interview est peut-être l’occasion de mieux connaître le bougre, que toute la team de SC remercie pour sa disponibilité, sa sympathie et sa volonté de partage!

SC: Parle-nous un peu de ton histoire personnelle. Pourquoi et comment es-tu devenu l’artiste que tu es aujourd’hui ?

PDS: Je suis né en 1970 à Epernay dans la Marne et j’ai toujours été fasciné par le monde du fantastique, de l’imaginaire et de la S.F.

Très tôt, il s’est révélé que j’avais aussi des talents pour le domaine des arts et du dessin en particulier, hérité de mon père. J’adorais regarder les séries de l’époque : cosmos 1999, les envahisseurs, etc, ainsi que les films de science fiction ou fantastique qui passait à la télé comme le jour ou la terre s’arrêta, la planète des singes, planète interdite, Jason et les argonautes pour ne citer qu’eux.

En 1984, j’ai eu une révélation en découvrant le numéro 30 du Magazine Mad Movies. Il y avait une interview d’un maquilleur américain Ed French ainsi que des photos de ses créations (assez gore !) mais le réalisme était tel que je restais fasciné par son travail. Ce fut un déclic pour moi, je me mis à réaliser des personnages en pâte à modeler et cire de Babibel.

Toujours avec l’aide du magazine Mad Movies et de sa rubrique de tutoriaux sur les effets spéciaux, je me lançais doucement dans le monde du maquillage et des effets spéciaux. Avec l’aide d’autres maquilleurs amateurs (Internet n’existait pas à l’époque), nous nous échangions des conseils, des techniques, des bonnes adresses pour le matos.

Lors de mes études aux beaux arts de Troyes dans les années 90, je décidais de me lancer dans la réalisation de courts métrages. J’en réalisais 2 dont 1 fut primé par le ministère de la culture. Je participais aussi parallèlement à de nombreux courts métrages amateurs en tant que maquilleur. C’était une époque très riche en rencontre et en créations.

Hélas, ma passion ne me permettait pas de manger et je fus contraint de trouver un boulot qui n’avait rien à voir avec ma passion pour les effets spéciaux. Je rentrais dans une mairie en tant que graphiste et je me formais sur le tas dans ce domaine.

Je sculptais et bricolais toujours un peu mais sans moyen de partage, c’était bien triste.

Après une période plutôt calme sur le plan artistique mais riche sur le plan affectif (mariage, bébé, maison), l’internet arriva et un nouveau monde s’ouvrit pour tous les créateurs qui vivotaient dans leur coin. Forums, sites, tutoriaux, des communautés entières étaient nées avec le web et je rentrais dans celle d’Art Movie Fan en 2007. Cette rencontre avec des passionnés et des artistes de tous bords relança ma passion. Je découvrais alors la supersculpey et je me lançais vraiment dans la sculpture de personnages.

Au fil de conventions, de posts de mes créations sur les forums et sur mon blog, je rencontrais des personnes et des collectionneurs qui s’intéressaient à mon travail. C’est ainsi que je me suis retrouvé à faire des figurines allant de la pin-up aux zombies en passant par des Yodas et cie.

SC: Quels sont tes domaines de prédilection dans l’art que tu pratiques ?

PDS: J’aime la monstruosité et j’aime la beauté qui peu s’en dégager. Je suis fasciné par des créatures comme l’Alien de Giger ou le Darkness de Légend.

J’ai aussi une grosse attirance pour les zombies sans pouvoir vraiment l’expliquer. Mais ce que j’aime avant tout avec eux, c’est la liberté de création qu’ils nous laissent. Tout est possible avec un zombie suivant les blessures, le stade de décomposition, le sexe, l’ethnie, l’âge. C’est presque infini….

J’aime aussi beaucoup travailler sur des personnages féminins un peu sexy ou essayer de marier l’érotique à la monstruosité.

SC: Quels sont les artistes qui t’ont inspiré ou qui t’ont poussé à faire ce que tu fais ?

PDS: A la base, tout ceux que j’ai découvert dans les années 80-90. Il ne faut pas oublier que de nombreux créateurs actuels ont été inspirés par ces artistes. Je citerais Ed French (qui m’a ouvert la voie), Rick Baker, Rob Bottin, Ray Harryhausen, Giger, Dick Smith, les KNB, Tom Savini, Alec Gillis et Tom Woodruff.jr et plus récemment Jordu Schell, Trevor Grove et Evan Campbell.

SC: As-tu une pièce dont tu es le plus fier, une création qui représente le plus ta passion ?

PDS: Je ne crois pas qu’il y ai une pièce dont je sois plus fier qu’une autre. Je me donne à 100% dans mes créations. En général ce qui importe, c’est que cela me plaise en premier certes mais c’est surtout le regard des autres qui compte pour moi. J’ai été très content quand on m’a dit par exemple que ma Neytiri était certainement l’une de plus belle représentation « fan art » vu sur le net.

SC: Y’a-t-il un projet dont tu rêves depuis des années et que tu aimerais concrétiser ?

PDS: Un diorama représentant une scène de Dark Crystal (mon film culte) ou Jen vient voir son maître mourant dans sa grotte. La tête du mystique est commencé depuis au moins 4 ans et je n’ai jamais eu le temps de poursuivre…

SC: En quelques lignes, décris-nous les étapes qui t’amènent à une création ?

PDS: Il faut déjà que le sujet m’inspire. Je préfère refuser une commande plutôt que faire une création qui ne me motive pas.

La première étape est une imprégnation du personnage ou de la créature que je dois réaliser. Je regroupe tous les documents images et vidéos qui peuvent m’aider à la création. Cela peut durer des jours voir des semaines suivant la quantité de références disponibles. Par exemple, j’ai travaillé sur un buste de reine borg au 1/3. On a passé des mois avec le collectionneur à essayer de trouver des références pour les parties mécaniques et organiques sous le corps. Il a même contacté le maquilleur pour récupérer des infos. Récemment, j’ai du réaliser une figurine au 1/6ème d’une punkette d’après une simple image. En cherchant sur le web pour trouver d’autres photos du modèle, il s’est révélé que c’était une actrice U.S. de Hard (mais pas rock). Ma recherche d’images et de vidéos fut des plus pénibles (rires).

Lorsque ces éléments sont rassemblés, je réfléchi à la façon de « construire » le personnage, suivant si cela sera une pièce unique ou un tirage en nombre car il faut penser au moulage dans ce dernier cas. Je crée ensuite la structure en fil de fer et papier alu pour les parties les plus charnues et je recouvre l’ensemble de supersculpey.

Lorsque la sculpture est finie, cuisson au four à 130°. Une fois la sculpture refroidie, je vérifies le sculpt et je corrige éventuellement les défauts.

Étape finale, la peinture que je fais en général à l’acrylique au pinceau et à l’aéro car je fais un mix des techniques. Je finis le stade de la peinture avec des vernis (brillant, mat ou satiné) que j’applique à des endroits spécifiques. La dernière étape reste le socle que je choisis et conçois en fonction du modèle et du thème.

Parfois on me demande des vêtements tissus, je m’improvise alors petites mains.

SC: Tu n’es pas sans savoir que SwissCollectors développe des projets avec différents artistes, en vue de donner aux membres des objets de collection un peu particuliers. Que penses-tu du concept ?

PDS: Je trouve ce concept forcément génial.

Le monde du produits dérivés est devenu énorme mais il y a toujours des pièces qui n’existent pas parce que les grosses boites de création font en général du grand public et ne vont pas investir dans des créations qui risquent de pas trouver leur public ou qui ne vont toucher qu’un trop petit nombre de collectionneurs.

Le problème des productions de masse, ça reste aussi les finitions. Autant il est possible d’avoir un sculpt de très belle facture et de la reproduire à l’infini car les machines et la technique sont là pour le faire. Mais pour la peinture, ils n’ont pas encore inventé une machine qui permettent de reproduire la dextérité et le talent de l’être humain d’où les nombreux problèmes rencontrés.

Avec le concept de SwissCollectors, non seulement les collectionneurs choisissent leur pièce, mais en plus, ils participent à la création de A à Z. On est pratiquement dans le domaine de la création intimiste. Ça instaure une véritable confiance et une incroyable convivialité.

SC: SwissCollectors est un site regroupant les collectionneurs de tous bords. Es-tu toi-même un collectionneur ? Si oui, quelles sont tes pièces préférées ?

PDS: Oui je collectionne un peu mais à moindre échelle et à tarif moindre aussi . J’ai collectionné pas mal de figurines Mc Farlane de la gamme Movie Maniacs J’ai toute la série sur the Thing et je ne me lasse pas de les regarder.

Les dernières pièces que j’ai acquis sont l’alien Neca reel toys de 54 cm ainsi que le somptueux Lord of Darkness de Sota Toys. Et lors du dernier salon Migennes Collector, je me suis pris un E.T. de Neca Real Toys.

SC: Ayant eu l’occasion de te rencontrer à Mâcon, période durant laquelle tu commençais un buste zombie, comment t’inspires-tu dans le choix du modèle?

PDS: Difficile à dire. C’est vraiment l’inspiration du moment, des images qui me viennent ou que je vois sur le net ou dans un film.

Là j’ai en tête depuis des mois, la création d’une 12 pouces représentant une infirmière sexy zombie, mélange des nurses de Silent Hill et de zombies de the Walking Dead. Elle est toute prête dans ma tête. Je n’ai plus qu’à avoir du temps pour lui donner naissance.

Pour le buste commencé à Mâcon, cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de life size, ça me manquait et comme je trouve qu’on ne voit pas assez de femme zombie, j’ai décidé de faire mon propre buste…

SC: Tu es engagé en ce moment sur la nouvelle gamme “The Walkers” de SwissCollectors, qui consistent à mettre sur pieds des créations tirées de l’univers zombie. Le premier projet est lancé qui est un diorama 1/6 tiré de “The Walking Dead”. Qu’est-ce qui t’a poussé à accepter le challenge ? Que ressens-tu face à ce projet?

PDS: Ce qui m’a poussé à accepter ce challenge, c’est déjà le sujet. Je suis un grand fan de the Walking Dead, j’adore le comic et je trouve que la série qui en découle est une vraie réussite avec des moments très forts en émotion et en violence.

Lorsqu’on a évoqué le projet de reproduire un diorama d’une des scènes les plus emblématiques de la saison 1, je n’ai pu que sauter sur l’occasion. C’était un honneur pour moi d’avoir été choisi pour recréer cette scène et je m’éclate vraiment à donner vie à cet univers.

SC: Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions et nous sommes, d’ores et déjà, très enthousiaste de voir le projet évoluer. Qui sait, à l’avenir, pleins d’autres idées pourraient se concrétiser grâce à toi!

PDS: Merci surtout à vous de m’avoir accueilli au sein de votre communauté. C’est un vrai plaisir de partager mes créations avec de vrais passionnés et j’espère que nous aurons encore pleins de projets à partager

– Propos recueillis par Celtaskan

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