Smaug the Terrible

| STATUE – WETA |

Smaug, le Roi sous la Montagne… Une fois encore, la société néozélandaise d’effets spéciaux a eu le lourd challenge de faire naître une créature 100% numérique, à l’instar de Gollum en son temps. Même si un acteur se trouve derrière certaines expressions, mouvements et autres attitude grâce à la capture motion, le dragon n’en est pas moins un amas de pixels qui devait faire illusion.

Nous touchons ici la magie de cette approche : un mariage improbable entre une technologie de pointe et le cinéma traditionnel, où l’ordinateur crée l’apparence et l’acteur insuffle la personnalité. Au final, nous obtenons un personnage à part entière, possédant toutes les caractéristiques requises pour susciter des émotions chez le spectateur. On en vient presque à oublier qu’il s’agit d’un dragon imaginé par des artistes.

Dans le deuxième opus de la trilogie du Hobbit, c’est bel et bien Smaug la vedette. C’est vers lui que tend l’histoire, vers lui que s’acheminent les nains de Thorin, chargés de morgue et d’anxiété. Peter Jackson et son équipe avaient donc conscience de l’importance de son design. Il suffit de visionner les bonus du film pour se rendre compte à quel point le processus a été long et complexe. D’ailleurs, au moment de la sortie d’un Voyage Inattendu, l’équipe artistique n’avait pas encore finalisé l’apparence du dragon. En effet, lors que l’entrée fracassante de Smaug dans Erebor, durant le prologue, on voit qu’il possède quatre pattes. Il sera ensuite décidé de l’équiper de deux pattes et deux ailes, obligeant le réalisateur a retoucher les plans pour la sortie Blu Ray et DVD du premier film.

Ce dragon incarne donc la quintessence même de ces monstres reptiliens. Smaug ne surprend pas grâce à une apparence originale, mais il fait écho à tous nos souvenirs de gosses, ceux que nous avons glanés à force de lire des livres, de voir des films ou de s’éclater sur des parties de jeux de rôles… Smaug est LE dragon par excellence.

Le challenge de était donc de taille. Le design complexe et le gigantisme de la créature ont poussé les concepteurs à développer une statue de taille honorable et bourrée de détails. C’est donc un sculpt totalement incroyable qui nous est offert, où écailles, renflements de chair, plis de la peau, aspérités et pointes rivalisent de finesse. Le tas d’or, grâce à une application de peinture du plus bel effet, est composé d’une multitude de petites pièces, ou du moins est-ce l’impression que nous en avons en l’observant. Quelques objets parsèment cette fabuleuse étendue : des lingots, des vases et autres joyeusetés luxueuses. Un détail, certes, mais qui permet d’anéantir la simplicité d’un vulgaire tapis de pièces naines.

La pose est celle d’un Smaug en train de ramper dans son trésor, un choix artistique en parfaite adéquation avec ce qui est présenté dans le film. Les ailes sont donc repliées (heureusement pour nos collections sans cesse en manque de place) et semblent protéger le corps du monstre. On pourrait d’ailleurs comparer ces membres à des élytres de coléoptère, lorsque le dragon se prélasse dans son immense caverne. D’ailleurs, il y a eu passablement de soucis de casse à ce niveau, puisqu’un vide s’entend entre le dos de Smaug et ses deux ailes membraneuses. Une pression suffisante durant le transport pourrait donc entraîner des dégâts irrémédiables. Heureusement, emballe correctement ses statues et des pièces de polystyrènes viennent combler ce vide…

Les réelles critiques qu’on pourrait émettre sont liées au paint job. Sans être catastrophique, on est loin des fausses promesses offertes par les photos de pré-production. Ce n’est pas étonnant, au vu de la complexité générale de la statue. Un bon peintre passerait des heures à utiliser ses pinceaux et son aérographe. Ce qui n’est pas possible ici, bien entendu. La folie de la production, la pression économique… On ne peut pas demander à un ouvrier chinois d’obtenir le même résultat qu’un artiste perdu au fond de son atelier.

Toutefois, je tiens à calmer les plus réticents : Smaug bénéficie d’un traitement tout à fait correct. Les nuances dans les teintes chaudes sont bel et bien présentes, les couleurs ne débordent pas trop. L’épine dorsale de Smaug, d’un noir profond, tranche avec son corps rouge et orange. On notera quelques dégradés permettant d’atténuer la brusquerie des changements de coloris. Une bonne chose ! Au niveau de la tête, du noir a été utilisé pour peindre certaines écailles de façon relativement symétriques. Grâce à cela, on évite une trop grande homogénéité dans le rendu. Pour une production de masse, c’est bien au-dessus de la plupart des sorties actuelles. J’émettrai toutefois une réserve concernant l’utilisation de l’aérographe sur les ailes, avec ces petites volutes sombres. Ce n’est absolument pas naturel et cela déteint avec le reste des voilures organiques. Pourquoi de telles décorations sont présentes sur le dessus des ailes et non pas dans les replis de ces dernières ? On l’aura compris, seule la « faisabilité » est en cause ici… Passer de l’aérographe dans des interstices n’est pas simple…

C’est donc une sacrée bestiole que nous offre . Peut-être pas la plus belle des baffes, peut-être pas une pièce ultime comme on l’aurait voulu pour ce personnage, mais une statue du plus bel effet qui trônera fièrement au milieu des autres folies de ce fabricant dorénavant mythique.

– Sarlacc