The Fly (BrundleFly)

| LIFE SIZE BUST – FAN MADE PAR NIMAJNEB |

Après avoir œuvré sur le fabuleux buste de Bad Taste pour SwissCollectors, nous avons demandé à nimajneb de mettre la main à la pâte, une fois encore. Il faut dire que cet artiste possède un don certain pour travailler à la vitesse de la lumière tout en gardant une qualité exemplaire dans ses exécutions. De plus, ses capacités en matière de peinture ne sont plus à démontrer, ce qui fait de Benjamin un artiste « complet », capable de produire de A à Z une statue ou un buste en série limitée.

La Mouche fait partie de ces films qui auront à jamais marqué mon enfance, et à fortiori ma vie. Les raisons sont diverses, bien entendu, mais les effets spéciaux de Chris Wallas y sont pour beaucoup. Rarement un monstre aura eu autant d’impact sur moi, sur ma façon d’appréhender la laideur et la beauté intrinsèque à cette dernière.

La Mouche n’est rien d’autre qu’une fabuleuse histoire d’amour impossible, mâtinée d’une horreur viscérale, charnelle. Peu à peu, Brundle perd son humanité au profit d’une bestialité froide, d’un instinct de survie basique, dénué de toute remise en question. La perte de son identité psychologique se traduit par une perte d’identité physique, marquée par une dégradation organique que magnifient les travaux de Wallas. Et, lors d’une scène finale sublime, le monstre, mourant, dans un ultime éclair de lucidité, retrouve ce qui faisait de lui un homme. C’est pour moi quelque chose de très fort. Et là, c’est bien le talent des artistes impliqués qui rend possible l’impossible : une créature inexpressive et insectoïde parvient à susciter l’émotion chez le spectateur ! La tristesse, la sympathie et l’empathie l’emportent sur la laideur parfaite, sur le dégoût.

L’homme devenu monstre redevient homme.

La sculpture de nimajneb est sublime. Les yeux, noirs, dépouillés de sentiment, sont plantés au milieu d’un faciès asymétrique. Des boursouflures se le disputent à des crevasses, à des excroissances et des veines gonflées de fluide. Sur le torse, une plaie évoque une brûlure, ou une nécrose. Difficile de le savoir. Mais le monstre diffuse une impression de souffrance extrême. La chair est torturée, malmenée par une science maladroite…

Soucieux d’être le plus fidèle possible au design de base, l’artiste s’est amusé à planter des poils durs et sombres sur la peau de la créature, évoquant les structures visibles sur un insecte. De plus, de la gélatine blanche et écœurante tartine la trompe de la chose, un organe infâme qui lui sert à aspirer ses fluides nutritifs. De part et d’autre de ces pièces buccales, des structures coiffées de poils émergent. L’artiste s’est servi de pinceaux pour élaborer ces « brosses » dont la fonction reste obscure. Enfin, deux antennes surmontent les appendices suspendus entre ses yeux. Produites dans une matière relativement souple, ces antennes ont l’avantage de résister aux éventuels faux-mouvements et aux transports (en restant bien entendu dans le domaine du raisonnable).

La découpe a été exécutée pour remplir une case Besta de la célèbre gamme Ikea. Quand on « passe commande » auprès d’un artiste, mieux vaut prévoir les dimensions de l’objet afin d’éviter les désagréments du manque de place au sein d’une collection. Une partie du torse a été sculptée, afin de garantir une belle harmonie générale. La créature expose des épaules boursouflées, avec un léger déséquilibre entre celle de gauche et celle de droite. Cela confère une certaine dynamique à la pièce.

Le buste vient s’imbriquer dans son socle grâce à une tige intégrée directement dans la créature. Le socle, parlons-en ! Nous avons demandé à l’artiste quelque chose de sobre tout en gardant une certaine cohérence avec le film. Ainsi, cette base évoque un télépod bardé de tuyaux. Une plaquette de couleur vient compléter l’œuvre sur le devant. On pourrait peut-être émettre une critique sur cette plaquette, que je juge pour ma part perfectible. Je pense qu’une plaquette en métal bénéficierait d’un meilleur résultat, et je compte bien m’en faire produire une dans les prochaines semaines…

C’est donc bel et bien un rêve devenu résine. Dans un monde où la plupart des fabricants privilégient Star Wars, Batman et autres héros en armure dorée, un collectionneur comme moi, converti depuis ma plus tendre enfance aux films d’horreur, se sent parfois un peu abandonné.

Grâce au fan made, grâce à des artistes toujours plus talentueux et toujours plus nombreux, grâce à quelques prises de risque et un peu de temps, on arrive à mettre sur pied un projet qui peut faire la différence, et à fortiori combler une grande lacune dans une collection.

La Mouche 1, c’est chose faite ! Pour ma part, j’en encore d’autres idées farfelues qui me trottent dans la tête, et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin !

Je tiens à finir cette review en remerciant chaleureusement nimajneb pour son engagement et sa disponibilité. Je fais également un grand « big up » à mes potos un peu tarés qui se sont lancés dans l’aventure. C’est un honneur d’avoir partagé ça avec vous, les gars !

– Sarlacc